Deleuze, moi, et la musique

18 octobre 2026, 47 ans d'amitié

 

À savoir que pour Gilles Deleuze créer des concepts c'est philosopher, facilite la compréhension de sa manière d'expliquer là où il veut en devenir et nous amener. Pour ça, il se sert beaucoup de la musique : des concepts de la musique pour expliquer ses concepts philosophiques, dont l'un parmi d'autres est le « concept de la ritournelle ». Ou le « concept de l'espace lisse ou strié » (l'espace du continuum analogique contre l'espace monoscalairisé numérique découpé partitionné délimité, pour être détenu cru approprié, avec le cadastre qui est l'administration fiscale des parcelles à payer à l'État, et pour localiser les individualités sur la planète, avec le système des longitudes/latitudes). Deleuze construit ses concepts philosophiques comme un artiste compositeur créateur de musiques. Mais à utiliser les concepts de la musique pour sa philosophie, il repousse la pratique de la création musicale disant que : « elle ne génère pas des concepts, mais des affects ». C'est là son tort. Pour placer sa philosophie conceptuelle, il n'a pas besoin de repousser la musique hors du territoire de la conception. Une composition musicale qui crée une musique, sans recopier un modèle, a besoin, par nécessité d'existence, d'un concept. Le concept est la base impulsive de la composition d'une création musicale originale. Si la musique affecte [perturbe le mouvement de l'émotivité], c'est que le monde est affecté.

Pour moi qui suis compositeur créateur de musiques inouïes, parce que toutes mes musiques sont créées à base de concepts, pratique que m'a confirmé et transmis Gilles Deleuze en résonnance avec ma création musicale qui est suffisamment solide pour pouvoir savoir former des musiques très différentes de ce qu'on entend parce que mes musiques naissent toutes d'un concept. Tel le concept de la musique-jeu non-stratégique ou non-militaire ou anti-guerre ou lewis carrollienne (le jeu logique aux règles qui changent pendant le jeu) qui a été trouvé pour être une issue au développement et à l'évolution de l'oeuvre ouverte (du XXe siècle initiée par John Cage) initié par Jeu de lampes d'architecte : Ludus Musicae Temporarium, en 1980.

Où ailleurs et en particulier : le concept « éphémèrôde » de la musique des Éphémèrôdes Cardent des Chrones, en 1984, qui sert à générer des musiques orchestrales infinies dont la base constructive est : « différencier chaque répétition ». Eh oui : ça résonne familier, hein ! Gilles Deleuze développe son livre « Différence et répétition » à partir des concepts de Sören Kierkegaard et Friedrich Nietzsche, qui contrairement à la pratique musicale de la différence et de la répétition, considèrent la répétition être une libération. Parce que la répétition implique la différence, ou « sans différenciation, la répétition n'existerait pas » dit-il. Musicalement, ça ne tient pas. Répéter en musique, c'est « s'enfermer dans une boucle ». Qui à insister sert de socle à la transe, ou à la musique du vertige, dont la mécanique techno binaire complait les danseurs dans un état euphorique par injection de produits pour pouvoir intensifier à se réjouir de la mécanique sonore du battement régulier monotone permanent. La variation et le développement avec la polyphonie, jusqu'aujourd'hui avec la polytrajectophonie, existent pour différencier, à ce que la musique puisse être composée, pour ne pas l'enfermer pour s'enfermer dans une boucle, à tarir l'imaginaire. Parce qu'à boucler une boucle, génère indubitablement de la musique la fadeur et l'ennui. Où : la répétition représente l'anti-composition. L'inutilité de la facilité ? Et dans le monde des transes et des raves, pour ne pas succomber dans l'ennui, on danse la danse de la désubstantialisation : légère, à la marie-jeanne ou à l'extazi ou MDMA, ou profonde, hallucinée, avec le peyotl ou le LSD. Les états alternés de la conscience provoqués par l'ingestion de plantes qui poussent en abondance sur la planète sont une pratique commune à tous les animaux. Ça va du jeu à la méditation. Les musiques monotonales, qui sonnent un seul ton, nommées « méditatives » ; on peut dire qu'elles tonnent, pour ses méditants, à « la focalisation vers le vide ». Pour vidange ? La méditation sert à se vider de ses pensées. Le vide de la pensée ? Ces mystiques considèrent-ils la pensée être une nuisance pour se donner à la pratique suivie de la méditation ?

Beaucoup d'êtres humains utilisent la musique ou la considèrent ou l'écoutent comme une fonction. C'est que l'affect qui touche à l'émotivité éduquée se fait impressionner. L'affect réduit la musique à un signal. Il n'y a rien de musical dans cette relation. Musique fonctionnelle ? Musique fonctionnaire d'état de l'humanité en manque, de quoi ? Ils ne savent pas. Musique étatisée = musique domestiquée à domestiquer par l'écoute. Fonctionnalité qui fait des musiques : pour se réjouir, telle la musique de mariage (de ce qui ne se donne pas à se réjouir puisque le mariage est une appropriation propriétaire de l'autre) ou d'anniversaire (pour faire passer la pilule de l'âge de sa mort ?), musique calmante ou relaxante pour calmer sa colère ou sa nervosité d'être humilié en permanence, musique de transe pour oublier son corps, musique de fond pour effacer le silence de la gêne du vide, musique monotonale continue pour concentrer son état d'esprit chaotique sur le rien du vide, etc. Il n'y a pas plus hypocrite et faux que les musiques fonctionnelles ! La musique pour se soulager ? Qu'appréciée que pour sa faculté de soulager ? « Music is not a product to be approved by customers, music is a medicine – not a pain killer – to open our mind » : il a fallu écrire ça pour être clair à savoir entendre mes musiques. Les musiques fonctionnelles sont des sonorisations désintégrées par déportation d'intérêt, ajoutant la dépression de ses musiciens et des auditeurs en demande à vouloir être soulagés et qui ne savent plus ce que signifie « la raison audible de l'expression de vivre la musique ». Le malaise est fortement présent dans les musiques fonctionnelles parce que la fonctionnalité refuse d'entendre la liberté qui résonne dans la musique : la musique créée, conçue, écrite, vivante, libre, donnant à comprendre la liberté de l'imagination de la création artistique de la musique qui sans elle n'existerait pas.

Au-delà de la répétition d'un geste qu'il soit musical ou non, il y a la répétition de la répétition qui insiste et la répétition de la différence qui varie. Ce qui revient à dire que répéter la différence est synonyme de différencier. Les différences, dans ce cas, viennent de la répétition ou de la persévérance à vouloir différencier les similarités ou l'assimilarisation qui est l'assimilation ou l'acceptation de l'absence de différences dans la similarité. De l'autre côté, on a la différenciation de la répétition où une similarité reste perceptible et on a la différenciation des différences. En quoi peut-on différencier des différences ? Sinon, à ce qu'elles redeviennent similaires ? On pressent là la boucle qui se referme sur la pensée. Différencier des différences dans un espace fermé (sphérique) ramène à se répéter. Différencier des différences dans un espace ouvert emmène vers une dimension supplémentaire : inconcevable d'ici. L'imagination alors prend le relai pour figurer la différenciation des différences. On revient dans la création artistique pour se donner à percevoir l'impercevable. Mais là, ici, on ne répond plus de rien !

Au-delà, dans l'espace du temps, il y a le réseau des rhizomes dans lequel les boucles différencielles attachées se déplacent et se font entendre. Ce réseau de rhizomes, c'est la matrice polyscalaire (une toile de millions d'intersections mobiles là où les échelles nonoctaviantes se croisent), ou des champs polyscalairisés (des champs de champs en relations d'échanges de formations et de transformations), qui donnent à une boucle la possibilité de se transformer et de changer d'identité. Et là, la musique donne à comprendre la perception du même différent : entre apparence et substance, ou entre l'être hors soi et l'être en soi, à comment entendre le réel immatériel qui se réfléchit dans nos états d'esprit.

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