temps cosmogoniques et systèmes musicaux

 

 

Les systèmes musicaux des différentes civilisations sont conçus en fonction des conceptions cosmogoniques du temps. Ces différentes formes de l'action du temps sur l'existence humaine développent chacune une représentation particulière du processus de vie qui fait naître certains types de convictions nécessaires aux maintiens de ces différentes civilisations. Plus que croire, nous sommes modelés dans ces concepts temporels. De ces différentes conceptions temporelles naissent différentes idées de la vie qui nous paraissent aller de soi (naturelles). Un remède à l'angoisse du néant ? C'est de ses différentes « visions » du monde que naissent les différents systèmes musicaux. Nous ne prétendons pas faire ici un comparatif cosmogonique des différents systèmes musicaux de chaque civilisation, mais nous pointons pour donner l'idée que notre système occidental n'est pas « le seul » et le majeur... Pour qu'un comparatif puisse être ouvert, il faudrait un érudit qui représente et explique chacune des cosmogonies, car chacun de nous avons la « vision » du monde à travers notre cosmogonie propre. Il nous paraît impropre de décrire un système musical étranger avec notre propre système : cela n'est qu'une interprétation, qu'une traduction approximative de manières qui de toutes les façons nous échappent.

Nos descriptions ne restent qu'une intuition avec le point de vu de l'occidental. Pour être reconnu par chacun, cela demanderait des croisements de savoirs des différentes civilisations. Nous tentons le descriptif suivant pour l'Occident, l'Inde et l'Afrique :

Notre civilisation occidentale à travers sa cosmogonie biblique de la création du monde (l'origine du monde) et de sa destruction finale nous forme un passé continu grand et fini accumulant (+- connu) vers un futur continu grand et fini expectant (inconnu) et entre les deux un présent perpétuellement mobile sur la « ligne » du temps. C'est un temps à une dimension où la catastrophe finale tend chacun de nous à la recherche du pardon soutenu par nos religions judéo-chrétiennes. Un creuset idéal pour le développement de la haine de soi et des autres dans la mélasse de la culpabilité. Une civilisation du désastre !

La civilisation indienne dans sa cosmogonie a formé un temps de « l'éternel retour » : un temps cyclique fondé sur les observations des cycles de la nature. Chacun se réincarne dans autre chose, et chaque chose est un être vivant. Ce qui provoque des comportements fatalistes mêlés de respect du vivant tel qu'il est. Musique lancinante qui « tourne » sans fin (notre fin).

Le temps de la civilisation africaine est un vaste présent très affiné où les morts représentent « un certain passé » dans le présent avec un futur « non nécessaire ». La vie n'existe que dans le présent et empêche tout sentiment dramatique de l'existence. Cette formation conceptuelle développe une acuité du rythme exceptionnelle.

Nous avons constaté aussi que nous ne pouvons nous représenter le temps que de façon spatiale, géométrique : la ligne, le cercle, la spirale, la sphère, etc. avec leurs divisions en intervalles.

D'autres formes de temps ont été proposées par les métaphysiciens comme Zénon ou Gaston Bachelard : un découpage infini d'instants valorisant plus le présent face à son passé futur.

Il nous paraît essentiel de savoir qu'un système musical quel qu'il soit repose sur une cosmogonie, le mythe sacré de notre conscience ouvre à une sensation-conception particulière du temps (ou des temps : nous ne savons pas). Cette sensation-conception particulière du temps génère des musiques aux aspects très différents. La musique est d'abord un art du temps et c'est le concept temporel qui forme notre appréhension du réel, d'un certain réel : notre réel cosmogonique sacré.

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Comment d'une cosmogonie temporelle linéaire occidentale sommes-nous passé à la mesure du temps ?

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Pour approfondir
. les recherches de Mircea Eliade, Histoire des Croyances et des idées Religieuses I (1976), II (1978), III (1983),
. Mircea Eliade, Le Mythe de l'Eternel Retour (1969),
. Mircea Eliade, Le Sacré et le Profane ((1965),
. Mircea Eliade, La Nostalgie des Origines (1971), etc.
. Bernard Decaux & Bernard Guinot, La Mesure du Temps (Que sais-je, PUF, 1969)
. Edward Bond, « la destinée est un comité que l'on ne connait pas »
. Gaston Bachelard, L'Intuition de l'Instant (1932)
. Gaston Bachelard, le dialectique de la durée (1950)
. Henri Bergson, Essai sur les Données Immédiates de la Conscience (1889)
. Henri Bergson, Durée et simultanéité, à propos de la théorie d'Einstein (1922)
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Parent-thèse : [] critique et préventive

Avoir en vu permanente les limites des contextes : la science, religion du pouvoir (affirmée depuis le XIXe, siècle de l'industrialisation de nos sociétés)

Depuis le XIXe siècle, à partir du XVIIIe (au début de la chute de l'Eglise), les concepts spatio-temporels ne sont plus la propriété exclusive des religions ou de la philosophie. La science (toujours avec la philosophie) s'est emparée de la cosmogonie occidentale, car son imaginaire est plus riche (?) il crée des machines : il fait rêver, relayée par l'imagerie de la science-fiction à travers le cinéma « visible et palpable » (sic) : et il évolue (se renouvelle, change en fonction de nouvelles « connaissances » ou éléments acquis), et sa capacité à résoudre les énigmes parait plus efficace avec l'outil (le jargon) des mathématiques que le jargon de la religion. Jusqu'à pouvoir lancer et disposer des objets dans l'espace (satellites, navettes spatiales, alunissage, robotique, informatique, nanotechnologie, Internet, etc.). L'exposition d'une formule mathématique pour un novice, reflète, représente le summum du savoir incompréhensible (contrairement à la philosophie qui utilise le langage courant), exactement comme la fonction des signes symboliques (des symboles) des religions anciennes (ou des sciences religieuses comme l'alchimie) ou l'occultisme. Le langage mathématique remplace le latin universel de l'Antiquité, « les signes déiques de l'insondable », et reste pour la plupart, un langage secret (mais accessible), celui du savoir inconnaissable. La projection de l'imaginaire scientifique ravit et touche l'extraordinaire des « mondes infinis et inconnus à découvrir ». Mais toute « vérité scientifique » ne repose que sur la résolution d'un problème posé. Le problème trouve une solution dans le domaine du calcul, dans une formule avec variables et inconnues : x ; y ; etc. Toutes les spéculations restent possibles tant que le problème est résolvable. La science offre des jeux et des rêveries que n'offraient pas les anciennes religions. Quand Kurt Gödel remit en question les postulats (ce qui est et ne se discute pas) des mathématiques en 1931 dans sa théorie d'incomplétude, la communauté scientifique feint l'incompréhensible, mais aujourd'hui certains ont compris la force d'une telle théorie pour renforcer le langage incomplet des mathématiques.

Les exemples sont innombrables issus de l'imaginaire scientifique, comme les « trous noirs » dont beaucoup croit être « prédis » (au lieu d'être supposés) après l'établissement de la théorie de la relativité générale. La « théorie des cordes » est un imaginaire d'espaces multidimensionnels entremêlés au-delà de nos 3 dimensions vécues, est une solution de liaison entre la « relativité générale » calme (sic) et l'agitation de la « mécanique quantique ». Le voyage dans le temps, grâce à la découverte de la vitesse de la lumière. L'image du « chaos » issu de la cosmogonie chrétienne de la « catastrophe » (de la fin du monde) « prédit » (au lieu d'écrit) dans le texte de l'Apocalypse de Jean, dénote du goût pour le spectaculaire, alors que le chaos n'est que l'amas de répétitions de mêmes formes à différentes dimensions. Quand René Thom titra sa recherche « la théorie des catastrophes », beaucoup de néophytes se sont emparés du livre (je me suis fait prendre aussi) et ont été bien déçus de ne rien comprendre : le livre est écrit en jargon mathématique et la théorie des catastrophe n'a rien à voir avec ce que la catastrophe représente, mais sert à décrire les changements soudains par la topologie et les équations différentielles (qui décrivent un mouvement point par point). Le pouvoir de la science est de rendre la banalité extraordinaire, n'est-ce pas merveilleux ?

La fonction de la science, pour un pouvoir politique et économique, est de prédire l'avenir et le possible et de construire des outils pour garder le pouvoir (contre les autres). La recherche est financée par le pouvoir politique, et aussi par le pouvoir économique. Ce qui signifie : quand une recherche n'est pas rentable (au bénéfice du commanditaire), elle ne sera pas financée, voire elle sera censurée. Je pense à plusieurs chercheurs qui au XXe siècle ont trouvé des voies de guérisons pour le cancer et qui se sont fait chassés hors de France comme des terroristes pour se réfugier au Canada et aux Etats-Unis. Le cancer est une chasse gardée d'un oligopole politico-économique de l'industrie pharmaceutique qui semble être trop puissant. Dans le domaine de l'économie spéculative, l'utilisation abondante de formules de probabilité dans le jeu des investissements économiques mondiaux (où la bourse devient secondaire grâce à l'automation quasi instantanée des réseaux privés pour avoir un temps d'avance sur la concurrence) afin de prédire l'improbable pour être toujours gagnant dans ses mises, ressemble à une mise à mort dans un combat dont aujourd'hui les entreprises ne sont pas les seules victimes, mais des nations entières (seulement derrière les chiffres, il y a des êtres humains). Nous ne parlons même pas des bombes atomiques si dévastatrices. Il y en a tellement. Les mathématiciens sont épargnés de cette spéculation de rentabilité, car personne ne comprend rien à ce qu'ils font à par eux-mêmes. Les moissons récentes médiatisées d'exoplanètes relèvent du désir de colonisation, une fois la Terre épuisée (et ce n'est malheureusement pas une blague) financées par des imbéciles trop riches et trop puissants, car des serviles se vendent à leurs fantasmes pour leur reconnaissance sociale.

...

etc.

 

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