JEU

MOTEUR DE MUSIQUE
& FONDATEUR DE SOCIETES

pas je

Le Jeu et les Humains*
jusqu'à l'antipartition-jeu Shadow-Sky

Bien que le jeu avec la musique soit considéré comme une activité superflue, on trouve dans son organisation systémythe (système et mythe) les règles profondes qui régissent les êtres humains en société. La mise en insignifiance du jeu, comme des arts (par la morale) montre la focalisation de l'organisation de nos sociétés sur le travail comme non-jeu : c'est-à-dire qui interdit le plaisir. L'idéologie de la peine qui aboutit à la récompense est une croyance ancrée dans les + profondes convictions du postulat (c'est comme ça et on ne questionne pas).

Entre temps, dans les années 60 du XXe siècle, 2 ouvrages sont apparus, opérant une analyse et un essai de compréhension du rôle du jeu dans nos sociétés occidentales. Il faut savoir que la distinction entre TRAVAIL et DIVERTISSEMENT est une distinction récente au prorata de la pénibilité du travail qui demande de « souffler » dans l'échappement de l'amusement. L'esprit dramatique, dramatisé qui se restaure dans l'esprit léger de l'amusement (le loisir -permission de temps libre- divertissant -pas libre-).

L'apport fondamental du jeu dans le développement de nos sociétés humaines est la gratuité : l'activité gratuite (bien que les jeux d'argent soient majoritaires, bien que l'état d'esprit dominant dans le jeu d'argent n'est pas l'avidité, mais d'abord la convoitise que le plaisir du jeu procure -voir les jeux télévisés ou la loterie nationale-). L'essence du jeu réside dans le plaisir. Qui dans une société du travail contraignant est une insulte, un tabou, un interdit, etc. (d'où l'exploitation de la convoitise des joueurs manipulés -pour être une star-) Voir comment le plaisir de la sexualité est considérée dans nos sociétés (pures(!)itaines) du travail et de la peine, créant : la pornographie.

La pornographie est un contournement à l'interdit du plaisir sexuel (une corruption) où le graphisme représente « pornê », la prostituée. Le « fruit défendu » qui détourne du travail, de la concentration au travail est réellement cru. La prostitution mercantile est une invention de la bourgeoisie des bourgs (des villes) où le péage est la règle de l'échange entre humains pour la survie de chacun.e. Nos sociétés patriarcales nées des bourgs interdisant aux femmes la gestion de propriété (et de la ville), ne lui reste que sont attrait physique (à vendre) pour ne pas être désintégrée, mais intégrée dans la « domus » société du père dominant (qui décide l'enfantement, la copulation et la progéniture) et de l'hostilité de la guerre (quand il ne copule pas ou ne « dominari » pas -n'agit pas en maître-). Le travail pénible (avec l'esclavage du travail contraint : « contr'un ») ne sert que l'hostilité qui règne avec le contexte de la guerre : la souffrance ultime que chacun au fond refuse tout en acceptant son suicide, autrement dit : de « jouer » (miser) sa vie pour sa mort.

Le second apport fondamental dans l'esprit du jeu pour le refondement de la musique et de nos sociétés est : la « chose sans gravité, qui ne tire pas à conséquence ». Le jeu, l'action ludique dédramatise, retire la misère, la culpabilité des joueurs (même dans l'implication de sa vie). Le pouvoir est absent puisqu'inutile. La base de considération légère du jeu qui dans ce cas devient une attitude fondatrice de son existence, permet l'épanouissement que la peine interdit. L'esprit du jeu rejoint l'anarchisme du pacifique dans l'inutilité de faire souffrir volontairement l'autre : « c'est pas grave, c'est qu'un jeu ». Cette dédramatisation est un apport essentiel pour dédramatiser son existence, c'est-à-dire sortir de sa victimisation et de se prendre en main, prendre sa vie en main et ne plus se faire posséder (dominer = d'être mis en danger de ne plus pouvoir se gouverner soi-même). L'esprit du jeu simplifie la vie.

L'esprit de jouer commence son histoire assez mal : le mot ludique (nous informe Etienne de la Boetie**) vient d'une insulte envers les Lydiens de Lydie qui se sont fait posséder militairement avec les armes de diversion, + économique qu'une garnison : les jeux, les putes (soldats ?) et l'abus d'alcool. Le jeu commence son histoire avec la diversion qui devient : le divertissement. Divertissement qui a la fonction de faire oublier la peine du travail obligatoire (qui ne l'est pas, mais la force de l'obligation est tenace) de la domination et de la prison. Considérer le jeu comme constituant social est une porte de sortie de la tyrannie qui empêche l'épanouissement de l'intelligence.

Tout jeu, pour jouer, nécessite des règles. Les règles sont les accords qui forment le jeu. Une suite (un ensemble) de règles à 1 sens de procédure même rétroactive forme un algorithme (un ensemble d'opérations). Les règles instaurent des opérations pour une action. La base formelle du jeu et de toute organisation dynamique. Multiplier les sens de procédures dans plusieurs directions avec un ensemble de règles mobiles ouvre le système à sa transformation. Une oeuvre-jeu est autonome et croit/décroit selon son contexte (son environnement et l'intérêt qu'on lui porte). Il ne s'agit pas de donner des ordres pour ordonner (classer) le vivant à obéir qui entretient une vision simpliste du monde vivant, mais d'interagir avec les autres (tous ensemble sonnant) en nourrissant sa sensibilité et son savoir.


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le jeu antipartition Shadow-Sky |starts

Ludus Musicae Temporarium |1980

Avant Eve & Adam & Après |1983

Jeu des Parasites Gonflés |1984

Les Ephémèrôdes Cardent des Chrônes |1984

et tout le reste moins évident

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La composition d'un jeu-musique

Un contexte,
des instruments de musiques (des trucs qui sonnent),
des joueurs,
des règles,

Tous les enfants (presque : ceux qui ne sont pas gâtés) inventent des jeux.
Dans le jeu, la "rentabilité" perd son sens : ouf ! ou est un sens comme un autre.
Dans le jeu, il y a aussi ceux qui veulent commander les autres pour gagner.
Si il n'y a rien à gagner que de la "belle" musique, il n'y aura pas de corruption.

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tout est parti de :

« La musique, on l'a joue bien ! pourquoi alors ne pas la jouer ? »

non ?

Exécuter la musique, revient à obéir. La culture de l'obéissance propagée à travers l'éducation familiale et institutionnelle de l'enfant, préserve la structure hiérarchique de nos sociétés, composées de dominants (qui commandent) et de dominés (qui exécutent). Le musicien (classique intermittent) en France est considéré comme un exécutant salarié (un dominé) qui obéit (à la commande), à l'ordre écrit (de la partition), situé dans les lieux d'abondances favorables à sa rémunération : un soldat du son (avec solde non intermittente -sauf pour les orchestres symphoniques classiques- bien que son statut le soit). Quand les musiciens de jazz puis du rock se sont évadés de cette contrainte (classique) d'exécution -synonyme d'assassinat, de pendaison, de mort- (grâce à la mafia américaine pour « animer » ses cabarets tout en laissant libre les musiciens jazz d'innover), le Blanc colonial (pompeur rentier) et obéissant insultait le jazz de « musique de sauvages » (on imagine : « les nègres sur scène » : « pauvres blancs ! » de « vivre cette humiliation de l'affront des animaux-esclaves qui se réjouissent et ne souffre plus » (sic !) à font de marie-jeanne du Mexique). Aujourd'hui, nous devrions être libérés de la bêtise, même si le Jazz devenu « free » a été tué, même si la musique originale (expérimentale) a été étouffée. Oui mais, les institutions (musicales) dominantes (qui bloquent les moyens de faire, de jouer -possédant : salles, festivals, réseaux d'échanges et l'argent public amassé-) mettent beaucoup + de temps à évoluer que les moeurs (l'état d'esprit qui tend à l'ouverture et non la morale qui tend à la censure et interdire). Nous devrions (bientôt) retrouver le jeu (assassiné) de la vraie musique (celle qui explore, qui ose). Mais pour cela, il faudra larguer les institutions et les industries de la culture.

 

 

Notes

* « Le Jeu et les Hommes », titre du livre essentiel sur le jeu de Roger Caillois publié en 1967 avec le sous-titre : « le masque et le vertige ». Ce livre m'a donné l'impulsion de créer des partitions-jeu à partir de 1980 comme Ludus Musicae Temporarium avec un ensemble (orchestre) de lampes d'architecte instrument de musique. En 1960 à Stuttgart Eugen Fink publie, « Le jeu comme symbole du monde » traduit en français en 1966 qui introduit le jeu dans la philosophie. Ce passage, de l'amusement à la considération constitutionnelle philosophique donne au jeu ce que la musique pouvait en attendre : un argument de composition sortant de l'hégémonie exécutoire de la partition de musique classique qui s'engorge de notions déterministes dans un monde de « relativité générale ». La resignification du mot ludique a été refondue dans ces années-là (vers 1960, pour jouer, de jeu) et non plus : moquerie, tromperie et illusion. Gilles Deleuze reprend le sujet du jeu idéal dans la 10e série de sa « Logique du Sens » (1969) : à partir de Lewis Caroll qui contrarie par la logique l'esprit de compétitivité en donnant aux règles des jeux une liberté, une mobilité qui empêche de vaincre ou d'être vaincu.

** Citation du texte concerné entier tiré du Discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boetie : « La ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de leur capitale et qu’il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l’obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient admirable pour s’en assurer la possession. Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens à s’y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n’eut plus à tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient Ludi, par corruption de Lydi. » Notons que le mot illusion est de la même famille que ludique : « illosiun » signifie toujours moquerie vers 1120 jusqu'au XIIIe siècle (?), du latin « illusio » de « ludere » pour jouer (ludique est l'adjectif). Les joyaux et la joaillerie ont la même origine du jeu, de « chose qui amuse, fait plaisir » et joyeux (de joie, jouir, jouissance, féminin singulier du latin « gaudia » où la singularité féminine devient synonyme de jouissance qui communique la joie) est le résultat de ce plaisir. |: LUDIQUE est l’adjectif des Lydiens corrompus : ludique est : soumettre le peuple sans le guerroyer :|. |: Le divertissement soumet le peuple sans le guerroyer :|. (Etienne de la Boetie « Discours de la Servitude Volontaire » 1561) Dans le contrôle d'une politique culturelle, il ne peut se générer qu'une tyrannie. Qu'elle soit violente ou douce, cela reste toujours une tyrannie : la liberté d'expression, est contrariée par le divertissement. (extrait de l'opéra : Les Rescapés de l'Hégémonie Culturelle, 2008)

Remarques

* Jeu, ses 10 significations :
01. (au pluriel) compétitions sportives (Antiquité grecque)
02. (au pluriel) spectacles (Antiquité romaine)
03. divertissement
04. loisir
05. éléments qui servent à jouer
06. manière de jouer
07. mouvement produisant un effet esthétique
08. composition médiévale en vers
09. fonctionnement d’un système
10. espace nécessaire au mouvement

** Remarque du dictionnaire Antidote à propos du mot S'AMUSER. « Amuser est dérivé de muser, qui proviendrait du nom non attesté “mus” museau et a signifié à l’origine avoir le museau en l’air puis s’est appliqué au figuré au fait de perdre son temps (qui survit dans musarder), d’où s’amuser.
Par une analogie avec le gonflement des joues (du museau) lorsqu’on joue de la cornemuse, l’ancien français “mus” aurait donné naissance à une autre acception de muser, soit jouer de la cornemuse, d’où l’acception belge de fredonner. » Là, on en vient à se demander si l'ancien français « mus » n'a pas donné musique, au lieu de se faire croire à la (belle) provenance de la muse. Ça donne raison à ce que la musique soit considérée comme un divertissement secondaire qui doit amuser (festif, avec l'alcool et les putes). Tout ce qui attrait à musarder, flâner, ne rien faire, ne pas travailler, jouir, avoir du plaisir, 'musiquer", etc., comme fumer (c'est oisif) est frappé d'interdiction, jusqu'à devenir une loi pénale : contrôle de la police sur ordre du gouvernement. Il semble que la distinction : musique populaire (de réjouissance) et musique savante (de réjouissance) viennent de là : l'une paresse dans l'agitation et l'autre érotise dans l'orgasme. Distinction qui aujourd'hui ne devrait plus avoir de sens.

*** Prostitution : « prêter son corps aux désirs sexuels d’autrui contre rémunération ». A l'origine du mot, du latin classique « prostituere » signifiait : placer en avant. Une disposition scénique d'importance où les femelles se mettent en position de posture pour faire savoir qu'elles sont prêtes à la fécondation à être fécondées et le désirent. Au plaisir du coït et de l'amour. La position dominée de la femelle humaine qui obéit à l'autorité du père est une coutume, une culture qui se désagrège, car elle n'a aucun fondement fonctionnel (survie sociale) qui avantage une société humaine. La domination (mot qui vient du latin « domus » = maison signifiant le règne dans la maisonnée de la famille et des servants) perd la nécessité de sa fonction pour une organisation qui prend + soin les uns des autres au lieu d'une soumission à l'esclavage.

 

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